INTRODUCTION

Mesdames Messieurs les candidats aux élections.

  

Même si je suis désespéré, comme l’indique le sous-titre de cet ouvrage, n’attendez pas de moi que je me livre à une charge en règle contre notre classe politique. Je compte bien être un peu plus constructif. Une petite pique néanmoins : les médias, l’actualité et les débats regorgent d’intervenants qui savent expliquer les choses avec intelligence, mais également d’énergumènes aux positions extravagantes ou anachroniques alors qu’ils fustigent eux-mêmes le déni de réalité de nos politiques. La situation serait pour le moins cocasse, si ces mêmes individus ne paralysaient pas des pans entiers de l’activité économique, provoquant parfois des dépôts de bilan alors même qu’ils revendiquent le plus souvent la sauvegarde de l’emploi… qu’ils contribuent à détruire. Un peu de culture économique chez quelques-uns ne nuirait pas, y compris parmi certains ou certaines qui briguent la fonction présidentielle. Je suis certes agacé, énervé, désespéré par certains de nos politiques qui ont dirigé ou dirigent encore le pays ou des collectivités territoriales à des niveaux divers car ils ne prennent pas les décisions que la simple raison impose, par clientélisme électoraliste ou méconnaissance des difficultés réelles de la plupart des Français. Mais je ne suis pas encore résigné pour ne pas réagir, ce que je fais ici dans le cadre républicain de la liberté d’expression, avant de me faire tondre comme un mouton qui irait à l’abattoir sans broncher.

 

Dans les pages qui vont suivre, je vais m’attacher à conserver cette logique de la démonstration universitaire en tentant de garder la méthode rigoureuse de la démarche scientifique : chaque élément sera analysé par la raison, sans a priori ni recours aux techniques de communication ou de manipulation. Par avance, je sais déjà que je serai intimement en désaccord avec certaines de mes propres propositions, tout simplement parce que je m’attacherai uniquement à l’analyse en laissant de côté mes convictions. En effet, il me paraît plus crédible de mener une réflexion sérieuse, dénuée de tout esprit partisan et de ne pas céder à l’émotion. Cette technique présente également l’avantage de pouvoir me rapprocher du fonctionnement de certains de nos hommes et femmes politiques, peut-être pour mieux les comprendre, quelques-uns sachant apparemment faire preuve également d’une certaine schizophrénie, ou tout du moins de troubles de la mémoire en comparant les annonces faites dans les programmes électoraux et leur réalisation une fois élu. Je suis taquin, mais le constat est réel.

 

Ce serait peut-être mon premier constat : durant toutes ces années, j’ai observé, en regardant de nombreux débats télévisés, que vous fonctionnez sur le même mode. Le recours à l’idéologie justifie votre argumentaire, ou vient l’appuyer le plus souvent lorsque l’interprétation des faits devient tendancieuse. Je pense que c’est une erreur aujourd’hui, même si vous ne serez certainement pas d’accord. Certes, l’idéologie conditionne la réflexion qui, elle-même induit l’action, mais celle-ci est contingentée par les circonstances du moment.

 

Nous pouvons toujours nous poser la question : telle mesure est-elle une bonne ou une mauvaise chose? La réponse est généralement « oui » ou « non », « c’est une politique de droite » ou « c’est une politique de gauche ». Mais cette vision restreinte des choses a conduit à la situation que nous connaissons actuellement. L’idéologie agit comme des œillères, empêchant d’envisager des hypothèses et des solutions en dehors du cadre normé d’une pensée préétablie. Et malheur au gouvernement qui s’aventurerait à mener une politique à l’encontre de son idéologie ! De nombreux exemples, y compris très récents, l’illustrent.

 

Prenons un premier cas concret « à gauche » pour bien saisir ce point : les 35 heures. Est-ce une bonne ou une mauvaise mesure? L’idée de départ était de répartir la somme des heures de travail entre les travailleurs et les non-travailleurs, mesure susceptible de créer 700.000 emplois d’après ses promoteurs. Quelques mois ou années plus tard, certains avançaient même avoir créé 2 millions d’emplois grâce à cette mesure. Permettez-moi de rester dubitatif. Lorsque je regarde la courbe du chômage depuis ces vingt dernières années, je ne vois pas un plongeon vertigineux de la courbe, pas davantage immédiatement après la mesure que quelques trimestres plus tard. Et les rares études sur le sujet avancent des conclusions parfois contradictoires. Mais là n’est pas le débat.

 

L’idée initiale est belle et généreuse : donner du travail à ceux qui n’en n’ont pas pour leur permettre de sortir de la précarité. Mais c’est dans les faits que les choses se compliquent. Le passage de 39 à 35 heures induit une baisse de la production (10 % de temps de travail en moins). Si le carnet de commandes de l’entreprise reste inchangé, les salariés devaient alors travailler 4 heures supplémentaires pour faire face à une demande constante, ce qui revient à augmenter les coûts de production pour un volume produit identique. De fait, les entreprises sont devenues moins compétitives (les premières heures supplémentaires sont maintenant majorées de 10%).

 

Là aussi, soyons pragmatiques. Pour les entreprises, comment ne pas voir qu’il aurait été difficile de créer des emplois en alourdissant les charges de plus de 10 % d’un coup sur 10 % de la production, à productivité égale, alors que dégager un résultat net comptable de + 5 % est déjà un exploit pour beaucoup d’entre elles. Le résultat était prévisible d’un simple point de vue mathématique, pour le secteur privé. Les marges des entreprises allaient se resserrer, fondre voire disparaître pour les plus fragiles, entraînant dépôts de bilan et délocalisations, c’est-à-dire davantage de chômage sur le territoire national. Vu sous cet angle, il serait tentant de conclure que les 35 heures ont contribué au mal qu’elles voulaient combattre. C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée et l’histoire politique ou économique regorge d’exemples de ce type. Les meilleures intentions peuvent conduire à des résultats des plus médiocres.

 

Dans les trois fonctions publiques (hospitalière, d’état et territoriale), la réforme n’a pas créé les 200.000 emplois supplémentaires qui auraient compensé mathématiquement la baisse du volume d’heures travaillées. Le budget de l’État en aurait été considérablement affecté. Il a surtout été procédé à des baisses d’heures travaillées par les fonctionnaires, compensées en partie par des primes qui reviennent à des heures supplémentaires, en partie par des jours de congés. Sans vouloir trop développer ici, il a été constaté que les situations étaient différentes selon les fonctions publiques. Au risque d’opérer un raccourci discutable, parce que généraliste, nous constatons néanmoins que la réforme des 35 heures n’a pas forcément créé beaucoup d’emplois dans la fonction publique d’État et la fonction publique hospitalière, au prix du recul de la qualité du service public (avez-vous testé les urgences de votre hôpital de proximité, sans vouloir remettre en cause le dévouement du personnel médical?). En revanche, il est constaté depuis une dizaine d’années une explosion des recrutements dans la fonction publique territoriale. La situation y est différente puisque chaque collectivité reste maître de ses recrutements… et de la fiscalité locale pour abonder les rémunérations (avec les hausses que nous connaissons). Mais il serait injuste d’imputer ces hausses d’effectifs et de la fiscalité dans les collectivités territoriales à la seule réforme des 35 heures. N’oublions pas les transferts de compétences dans le cadre de la décentralisation. Néanmoins, ces transferts n’ont pas forcément généré à l’équivalent une baisse des effectifs dans la fonction publique d’État.

 

Au final, le service public a perdu en qualité en raison de la baisse du volume horaire, sans faire baisser dans la même proportion les coûts en raison des heures supplémentaires et des primes accordées. Et s’il a pu être constaté ici où là une baisse des coûts dans les administrations dont les fonctionnaires seraient tous passés aux 35 heures sans heures supplémentaires, ce gain direct n’est qu’un trompe-l’œil. En effet, une diminution des heures travaillées, si elles induisent une baisse des salaires, induisent également une baisse des cotisations sociales. L’État a dû alors chercher par ailleurs des financements de la protection sociale, alourdissant sa dette ou en augmentant les cotisations. Il suffit, par exemple, d’observer l’évolution des taux de la CSG pour s’en convaincre.

 

Alors pourquoi ce qui était visiblement un handicap pour le secteur public ne l’aurait pas été pour le secteur privé? Une réponse certainement un peu facile serait de penser que les promoteurs de cette réforme ne connaissaient visiblement pas grand-chose à la comptabilité d’entreprise, encore moins la comptabilité analytique, et s’imaginaient peut-être, pour faire dans la démagogie populiste, que tous les patrons étaient de riches actionnaires s’engraissant généreusement sur le dos des pauvres salariés exploités et faméliques. Au-delà de ces considérations capitalo-humanistes discutables, la simple raison s’impose là encore.

 

Il est difficile de faire la part des choses d’un point de vue mathématique, tout comme il est difficile de trouver un bilan objectif de la mesure des 35 heures (sans doute parce qu’il n’existe pas). Peut-être vaut-il mieux pour les gouvernants, de toutes tendances, cacher la poussière sous le tapis. Ma naïveté me conduit à m’interroger encore sur cette absence d’évaluation d’une politique publique de cette envergure, ou tout du moins, l’absence de conclusions unanimement acceptées. Sans doute est-il difficile de trouver un consensus sur cette question, de multiples facteurs venant simultanément perturber le marché du travail (croissance, exportations, évolution démographique, transition énergétique, variations de la fréquentation touristique en raison de la météorologie…). Je crois qu’il est tout simplement impossible de déterminer, à l’emploi près, le nombre de postes créés par la réforme des 35 heures et ceux créés dans le même temps par les autres facteurs.

 

Mais comment en est-on arrivé là : tout simplement par l’idéologie en privilégiant le volet humaniste au détriment de la réalité économique en occultant les aspects pratiques et concrets qui allaient à l’encontre de l’idée initiale. Cet exemple montre qu’une politique fondée sur un seul volet est un échec lorsque les autres aspects ne sont pas évalués par la raison, mais occultés « émotionnellement » c’est-à-dire idéologiquement.

 

Pour clore ce sujet, nous pouvons toujours nous poser la question : est-ce que les 35 heures sont une bonne mesure? Je répondrai qu’en l’état, elles sont une mauvaise mesure dans le contexte économique du moment, même si elles sont humainement et socialement souhaitables. Si la mesure n’avait pas alourdi les charges des entreprises et les déficits publics, si elle n’avait pas contribué à augmenter, sinon maintenir un chômage de masse (ce qui reste à prouver, j’en conviens, à défaut de bilan sérieux), si elle avait permis aux entreprises de gagner en compétitivité, alors oui, cette réforme aurait été une bonne mesure sur le plan économique.

 

On pourrait écrire encore des dizaines de pages sur le sujet, en complément des milliers déjà produites sans que la vérité n’éclate véritablement. Ce n’est pas l’objectif de cette petite évocation introductive mais ces quelques lignes ont simplement pour but d’exposer la méthode que je vais employer : l’analyse et la raison plutôt que l’idéologie et l’émotion.

 

Pour rester équilibré, prenons un second cas concret « à droite », un peu plus rapidement maintenant que vous avez saisi ma méthode de travail : la Réforme Générale des Politiques Publiques (RGPP), conduite entre 2007 et 2012. À l’inverse des 35 heures guidées par une idéologie humaniste en occultant les aspects économiques, le RGPP était une réforme économique qui a occulté l’aspect « humaniste », en tout cas sociétal (ici, la qualité du service public). Là encore, l’idée initiale était louable : réduire les déficits publics en ne renouvelant pas un poste de fonctionnaire sur deux partants à la retraite.

 

Fin 2012, plusieurs rapports officiels ont conclu que cette mesure avait permis de réduire les dépenses publiques de presque 12 milliards d’euros en supprimant 150.000 postes dans la fonction publique d’État. Mais il s’agissait d’une approche purement comptable. Il a bien fallu réorganiser les missions de l’État pour continuer à faire face au « besoin de service public », mais les mêmes rapports concluent que ce sont davantage les structures d’exécution qui ont été modifiées. Pour autant, le périmètre d’intervention de l’État n’a pas diminué, au contraire. Il n’y a pas eu corrélativement de réflexion sur ce que devait être le périmètre de la fonction publique et d’ajuster en conséquence les effectifs. Peut-être certaines administrations auraient pu supprimer deux postes sur trois, ou trois sur quatre, voire certaines disparaître totalement en confiant ce service à des entreprises par des délégations de service public, alors que d’autres auraient peut-être mérité de voir leurs effectifs maintenus ou augmentés (ce qui a été le cas pour certaines). Cette absence de réflexion sur le périmètre de la fonction publique, face au constat de carences devenues évidentes quelques années plus tard, a abouti à recréer des postes dans certaines administrations où ils avaient été supprimés par la RGPP. Il est vrai cependant que le contexte était différent pour certaines d’entre elles, notamment les administrations liées à la sécurité nationale (lutte contre le terrorisme).

 

Résultat : alors que le niveau de demande de service public (interventions des forces de l’ordre, engagement des armées, urgences hospitalières…) ne baissait pas pendant ces années, voire augmentait, moins de personnels devaient assurer ces missions générant une plus grande implication au travail avec le mal-être qui l’accompagne lorsque le niveau d’engagement demandé devient difficilement supportable pour les plus fragiles ou les plus exposés (suicides, burn-out, dépressions nerveuses…).

 

Et si la RGPP n’a pas apporté un confort de vie au travail supérieur (ce pour quoi elle n’était pas prévue d’ailleurs), elle n’a pas permis pour autant de réduire significativement le déficit public. Dans le même temps, certaines catégories de la fonction publique ont bénéficié de valorisations, parfois substantielles. De même, l’instauration des primes de résultats ont eu pour effet d’absorber en partie les économies réalisées, à hauteur de quelques dizaines de millions d’euros chaque année. Au cours du quinquennat d’application de la RGPP, la dette publique a augmenté de plusieurs centaines de milliards d’euros. Le petit tas des 12 milliards d’économie de cette réforme, aussi souhaitable fût-il sur le plan des finances publiques, parait totalement ridicule face à la montagne du déficit accumulé parallèlement. Certains ne manqueront pas d’objecter que cet accroissement du déficit est lié à la crise économique de 2008. Sans doute est-ce vrai en partie. Des analystes ont bien procédé à une évaluation de la part de la crise et la part du déficit structurel dans l’évolution de ce déficit pendant ces cinq années. Mais là encore, ces conclusions sont parfois contestées et le débat reste ouvert.

 

Là non plus, il n’est pas nécessaire de développer davantage pour comprendre que cette politique a été envisagée sous un seul angle, non équilibrée par les effets négatifs sur un second volet.

 

À défaut d’affirmer que nos gouvernants, face à ce que l’opinion publique pourrait considérer comme des échecs, préfèrent taire le sujet, restons-en là. Chacun se fera une opinion au regard des résultats, tant sur les 35 heures que sur la RGPP, sans prêter à quiconque de la mauvaise volonté, un déni de réalité, celui de la réalité des faits, la réalité des chiffres et la réalité de l’erreur politique.

 

L’idée n’est pas ici d’intenter un procès à untel ou untel, mais de montrer, à travers ces deux exemples, qu’une politique purement « de gauche » ou qu’une politique purement « de droite », ne fonctionne pas. Pour que les choses fonctionnent, il faut nécessairement chercher un équilibre économiquement et socialement acceptable, tout comme les droits doivent être équilibrés par les devoirs. Tout l’art du politique doit être de bien savoir placer ce curseur, et encore une fois, selon les circonstances du moment.

 

Alors, nous pouvons maintenant nous interroger pour tenter de comprendre pourquoi nos gouvernants commettent de telles erreurs, au point d’assombrir notre avenir et celui de nos enfants pour devoir rattraper demain les erreurs d’aujourd’hui.

 

Là encore, la réponse se situe au niveau de l’idéologie. En France, l’idéologie conditionne l’action. Mais le temps n’est plus aux idéologies. Nous arrivons à un moment de notre histoire où nous avons une chance extraordinaire sur le terrain politique : tous les systèmes qui ont été pensés ont été expérimentés, en France ou ailleurs dans le monde. Si les choses peuvent toujours être précisées, les grandes lignes sont tracées, définies et testées. Nous connaissons maintenant bon nombre d’outils pour répondre à une crise, même si certaines zones inconnues existent toujours et que d’autres apparaîtront immanquablement à l’avenir.

 

Les Françaises et les Français expriment aujourd’hui leur « ras-le-bol » de la classe politique en exercice, soit par l’abstention, soit par le vote aux extrêmes, soit par l’action violente. Ce n’est plus l’idéologie qui doit aujourd’hui conditionner l’action, mais l’analyse des circonstances du moment. Le temps du pragmatisme est venu.

 

Très honnêtement, je vous dirai ceci, en me faisant le porte-parole de certaines personnes que j’ai déjà entendues à plusieurs reprises autour de moi, des personnes sans aucun mandat public : « qu’importe une mesure de droite ou qu’importe une mesure de gauche. Si elle est bonne, on l’applique, si elle est mauvaise, on ne l’applique pas ! ». Le raisonnement peut vous paraître simpliste. Il est finalement compliqué. Ce qui est « bon » ou ce qui est « mauvais » pour une personne, n’aura pas la même signification, la même portée, le même retentissement ni les mêmes limites selon les individus. Là encore, les émotions et l’idéologie font varier le périmètre de ces notions. Ce n’est donc pas sur ce terrain que l’équilibre peut être trouvé, chacun ayant déjà un diagnostic initial différent de la situation. C’est le second argument qui pousse au pragmatisme. Et le pragmatisme implique de se fixer des priorités. Deux petits exemples pour vous rappeler que cette approche ne fonctionne finalement pas si mal.

 

Dans l’urgence, en situation de crise, j’ai souvent constaté aussi que nos dirigeants savaient prendre des décisions rapides et généralement efficaces, au moins à court terme. Je prendrai un exemple à droite (qui a appliqué une politique « de gauche ») et à gauche (qui a appliqué une politique « de droite ») sur l’échiquier politique, pour rester équilibré : la crise financière de 2008, dont les décisions du président Sarkozy ont permis aux plus modestes de ne pas ressentir les effets les plus négatifs (au prix d’une aggravation de la dette publique, il est vrai), et la lutte contre le terrorisme islamiste par la forte implication du président Hollande, notamment sur la scène internationale (mais qui n’a malheureusement pas pu éviter le drame du 13 novembre 2015, après l’« alerte » de Charlie Hebdo dix mois plus tôt, en dépit d’un renforcement significatif de la politique de sécurité).

 

En revanche, je serai plus mesuré lorsqu’il s’agit de prendre des décisions davantage « à froid », de préparer la France et d’anticiper à long terme. Dans cette hypothèse, l’idéologie (et le lobbying) a tout le temps de faire son travail de sape sur la réflexion du décideur. Je ne trouve pas dans notre classe politique beaucoup de candidats ayant une vision pragmatique pour la France à plus long terme (au-delà des grandes déclarations de principe), un cap au long court qui dépasse les 5 ans. Par souci d’équité, je ne m’avancerai pas à citer untel ou unetelle en France. Je pense ici à monsieur Schröder qui, entre 2003 et 2005, contre le courant idéologique de son parti, a pris des décisions fortes pour améliorer la compétitivité de l’économie allemande avec son « agenda 2010 » (au prix néanmoins d’une fracture sociale qui reste bien discutable, j’en conviens largement. Il suffit de comparer le niveau des retraites françaises plus avantageuses que celles des Allemands, ou encore les dégâts causés par les mini-jobs).

 

En tant que citoyen, le point de départ de ma réflexion est un simple constat : nous vivons les choses concrètement alors que nos élites semblent être en léger, ou complet, décalage par rapport à nos préoccupations lorsque nous analysons les décisions prises et les effets produits. Par ailleurs, nous entendons depuis plusieurs années des experts avancer que la France doit mener des réformes structurelles pour rétablir sa situation. Nous l’avons vu brièvement dans ces quelques lignes, l’idéologie est devenue un inhibiteur politique.

 

Les réformes conjoncturelles, si elles ont répondu un temps au besoin du moment, n’ont jamais été que des mesures correctives comme celles qui sont prises en gestion de crise pour satisfaire un besoin immédiat. Elles ne nécessitent pas un capitaine qui donne un cap, mais seulement des matelots qui écopent une voie d’eau par gros temps.

 

La réforme structurelle nécessite une vision à plus long terme, et parfois en décalage ou à contre-courant des vents dominants. Alors oui, je suis tout à fait favorable aux réformes structurelles si elles nous permettent de redresser le pays, qu’elles viennent de droite, de gauche, du centre, des écologistes et pourquoi pas d’extrême droite ou d’extrême gauche. Nous devons le faire en nous débarrassant de tout a priori idéologique.